Parole de résident

Catherine Monneret

Pourrais-tu te présenter ?

Je suis vieille et contente, franc-comtoise, assez pessimiste et donc presque toujours de bonne humeur car les scénarios pessimistes que j’avais imaginés ne sont pas arrivés !

Qu’est-ce qui t’a attiré à avoir un espace de travail ici ?

J’avais besoin de sortir de chez moi, de retrouver la ruche d’une communauté, de sortir de la famille, de retrouver ma vie ! Car mes enfants sont maintenant grands !

Quelle a été ta première impression quand tu es arrivée dans les locaux ?

Bon Dieu ! … tant pis… ! (Rires forts)

Dans cet espace, je laisse toujours ma porte ouverte, pour avoir moins l’impression d’être au fond d’une piscine vide car c’est carrelé jusqu’en haut ici ! Mais je m’accommode assez facilement, j’ai seulement mis du papier blanc au mur pour ramener de la lumière.

Que-ce que ça t’a apporté le fait de venir dans un lieu pluridisciplinaire, ouvert, qui fait cohabiter dans un même lieu une diversité d’usages et d’espaces ?

C’est agréable, on rigole beaucoup, c’est le principal attrait ! On discute, on dit des bêtises.

Un souvenir à Hôp ?

C’est dur de se souvenir, je ne me souviens pas du passé… 

Quel est l’espace que tu fréquentes le plus ?

Le bar, on y rigole beaucoup, j’y bois peu de bière mais je dis des bêtises !

Tu peux nous décrire l’installation que tu avais faite sur ta porte ?

Il y avait un masque de renard en plastique, entouré d’une fourrure, et une ligne bleue au sol. Greg (résident installé dans l’atelier en face) a accroché une tête de lion à sa porte. Et dans notre ping-pong de blagues auquel on joue, je m’étais dit que pour balancer le pouvoir du lion, j’accrocherais un renard ! Et j’ai averti qu’il ne fallait pas toquer s’il voyait une lumière bleue sous la porte car cela voulait dire que j’étais dans un moment où mon côté sorcière revenait !

Tu es là tous les jours à Hôp ?

Presque ! Il n’y a pas longtemps, sur le chemin je demandais à Nicolas “Mais qu’est-ce qu’on faisait avant ?“. Il s’est passé beaucoup de temps en 1 an, depuis qu’on est arrivé ici ! Je n’ai plus beaucoup l’impression d’habiter à la maison. Je pourrais peut-être installer une mezzanine ici non ? En fait, c’est bien de faire le chemin entre chez soi et son lieu de travail. 

Quelle est ta journée type à Hôp ?

Il y a les journées “vacance“ et les “non vacance“, mais en fait ce sont les mêmes ! J’arrive à vélo, je le gare après la porte qui grince, quelques fois il y a déjà le vélo de Greg, mais c’est très rare. Pauline est déjà là, Yves aussi, il me dit bonjour et on se fait une blague. Puis j’arrive dans mon atelier, j’allume Radio Classique avec qui le temps passe différemment, puis je me mets à mes activités, je m’assois sur mon canapé pour regarder mes créations. Je laisse ma porte ouverte, il y a toujours du passage. Je mange souvent ici le midi pendant les périodes de vacances, c’est pendant les temps du repas que les choses se lient plus spontanément. Je suis dans les dernières à partir le soir. 

Qu’est-ce que ce lieu apporte à la ville de Besançon ?

C’est un lieu frais dans les énergies, qui fait venir du monde. Il permet de rencontrer plein de gens que je n’aurais pas rencontrer autrement. 

J’espère que la ville regardera ce qu’on fait. Il va falloir du temps par la suite pour que les gens s’approprient ces espaces qui ne sont pas dans le quartier commercial. 

Quand il y a des lieux en friche, les personnes veulent des artistes pour réanimer les lieux, puis une fois que l’endroit est devenu sympa ils veulent qu’on parte. En fait, on devrait être rémunéré pour occuper ces locaux !

Un jour tu nous a proposé d’aller visiter la maison Colette (ancien lieu de résidence de l’écrivaine Colette, acheté par la ville il y a plus de 10 ans, inutilisé aujourd’hui) pour qu’Hôp y intervienne. Nous y sommes allés. Comment verrais-tu le lieu se transformer ? 

Ce serait super d’emmener Hôp là-bas !

J’imagine quelque chose de très simple, dans les codes du confort bourgeois : différents pôles de musique classique dans le parc, des petits gâteaux et des boissons fraiches. On pourrait faire un pôle de discussion, de repos, créer des ambiances sonores. 

Je n’ai pas d’idée seule, c’est dans l’échange avec les autres que les idées apparaissent !

Ah si, un souvenir me revient !

Un matin j’ai retrouvé sur ma porte une photocopie d’une photo de moi en sirène d’il y a 30 ans qu’avait faite Yves (un photographe résident à Hôp). Il m’avait demandé de poser en sirène pour ses cours de photos. Ça m’a ému de voir qu’il avait pris le temps de la mettre sur ma porte, c’était une belle surprise ! La sirène est la sorcière d’en face ! 

Qu’est-ce que tu feras quand on partira ?

On ne partira pas. Avec Brigitte (résidente à Hôp) on se disait que les vieilles ne partiraient pas car le lieu pourrait se transformer en EHPAD, en EHPAD de vieux profs.

En fait je n’y pense pas, on verra où Hôp nous emmène. Si j’y pense, je vais me dire “Alalalala“. Mais si on construit bien, on nous proposera autre chose.